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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 22:02

 

 

Mardi 19 novembre à 19h30

Saïd Benmouffok : 

"Le dieu des philosophes".

Salle de l'Agora, 254, Bd du Maréchal Juin, 78200 Mantes-la-Jolie


Jeudi 21 novembre à 19h30
Séverine avec Michel Onfray :  
"Ethiques, politiques, ESTHETIQUES !!".
Collectif 12, Friche André Malraux, 174, Bd du Maréchal Juin, 78200 Mantes-la-Jolie
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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 08:51


Voici, in extenso, un entrefilet du « Monde » du 27 février :

Jesus« ROME. Le président du conseil pontifical de la culture, Mgr Ravasi, a annoncé, jeudi 25 février, dans le journal des évêques italiens « Avvenire », la création en 2010 d’une fondation consacrée au dialogue entre l’Eglise et les personnes agnostiques et athées. Cette future « cour des gentils », en référence à la cour du temple de Jérusalem pour les non-juifs, fait suite au souhait de Benoît XVI de nouer « un dialogue renouvelé avec ceux qui ne croient pas mais veulent s’approcher de Dieu »


Ainsi le « panzer-pape » n’est plus en guerre contre ses ennemis : les agnostiques, athées et autres mécréants ! Non l’heure vaticane est au dialogue avec ceux qui « veulent s’approcher de Dieu », d’un dieu auquel ils ne croient pas ; mais comment s’approcher d’une chimère à laquelle on ne croit pas ? Amusant, non ?


Sa rhétorique mielleuse est la suivante : « Venez brebis égarées, parlons de Dieu et bientôt vous croirez ». Tiens ! ça me rappelle un certain Blaise Pascal : « Faites semblant de croire et bientôt vous croirez », un grand comique hypocrite aussi celui-là (dont on a démontré que son fameux « pari sur le simulacre de croyance » n’était qu’une imposture illogique).


Le souverain pontife  ne manque pas d’humour sous ses airs austères, ou peut-être prend-il les gens pour des imbéciles ?


Mon avis est qu’il est définitivement gâteux.

Ulysse

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 18:34


Un bien surprenant récit nous est proposé par l'hebdo Courrier International (n°47) dans son édition du 25 février 2010. Il publie un article, extrait du Wall Street Journal.

Zoologie oblige, nous vous l'offrons en pâture. Il témoigne, une fois de plus, de l'imbécilité des religions et de ceux qui l'administrent...

 

symb.juif.jpeg« En novembre 1978, au moment où l'Iran basculait dans la révolution islamique, le zoologue Mike Van Grevenbroek atterrissait à l'aéroport Mehrabad de Téhéran en provenance de Tel-Aviv. Il était muni d'une canne qui camouflait un fusil à fléchettes. Sa mission secrète : capturer quatre daims de Perse et les ramener en Israël avant que le gouvernement du chah ne s'effondre. L'opération marquait le point culminant de plusieurs années d'efforts secrets pour réintroduire dans le pays cet animal mentionné par les Saintes Ecritures du judaïsme. Dans le Deutéronome [le dernier des cinq livres de la Bible hébraïque], le daim de Perse est en effet cité comme l'un des animaux à sabots fendus que les Hébreux ont le droit de manger. Le Livre des Rois raconte que les sujets du roi Salomon en donnaient à leur souverain pour payer leurs impôts.

Chassés jusqu'à l'extinction, les daims de Perse avaient disparu de Palestine au début des années 1900 et on pensait l'espèce éteinte. Jusqu'à ce qu'elle soit redécouverte en Iran à la fin des années 1950.

Le général Avraham Yoffe - qui a été l'un des fondateurs de la Haganah et qui a commandé la division de Tsahal qui prit Charm El-Cheik en 1956 - était à la tête de l'Autorité israélienne de la nature et des parcs dans les années 1970. C'est lui qui imagina de réintroduire l'espèce en Israël. Il commença par courtiser les autorités iraniennes. Il invita notamment le prince Abdul Reza Pahlavi, le frère du chah, à venir chasser le bouquetin de Nubie, un animal protégé, dans le désert du Néguev. C'est ainsi que le prince accepta, en 1978, de donner quatre daims à l'Autorité israélienne de la nature. Le général Yoffe se rendit donc en Iran pour aller les chercher, mais une légère crise cardiaque à son arrivée à Téhéran l'obligea à rebrousser chemin les mains vides, se souvient Itzik Segev, le dernier attaché militaire israélien en Iran. Or le temps était compté : la révolution islamique prenait de l'ampleur. D'énormes manifestations populaires commençaient à dégénérer et le gouvernement, chancelant, en était à proclamer la loi martiale.

Le général Yoffe décida alors d'envoyer Mike Van Grevenbroek aider Itzik Segev à capturer quelques daims avant qu'il ne soit trop tard.

Les animaux sont embarqués alors que Téhéran s'embrase

Daim-persan.jpgArrivé à Téhéran le 28 novembre, le zoologue partit le surlendemain pour une réserve de chasse située dans la province du Khouzistan, à dix heures de voiture de Téhéran. Il passa cinq jours à pister, capturer et mettre en caisse quatre daims avant de retourner à la capitale. Pendant ce temps, Itzik Segev se rendit au département de la chasse de Téhéran dans le but d'obtenir des licences d'exportation pour les aniètmaux. Les rues de la ville étaient en ébullition. Craignant la foule en colère qui hurlait "Mort à l'Amérique !", il délaissa sa Chevrolet Impala, une voiture de VIP, pour un coupé Paykan, un modèle plus populaire, fabriqué en Iran, et troqua son uniforme pour des vêtements civils. "Ça tirait dans tous les coins, et moi j'étais là, un général israélien qui allait au zoo", se souvient-il.

Le prince Abdul avait déjà quitté le pays. Itzik Segev dut donc s'adresser au responsable des services vétérinaires nationaux, un Allemand nommé Mueller qui était très anti-israélien. "Il était hystérique et hurlait 'Je ne veux pas que ces animaux aillent en Israël !'"se souvient le zoologue.

M. Mueller finit tout de même par signer la licence, mais à condition que les daims aillent aux Pays-Bas. Il demanda aussi que les deux hommes emmènent en Allemagne le guépard et le léopard du chah, au motif que la foule menaçait de les tuer. Ils acceptèrent mais, quand ils allèrent prendre les félins au zoo, des manifestants les avaient déjà sacrifiés.

A l'aube du 8 décembre, les caisses des daims furent scellées, chargées sur des camions et conduites à l'aéroport. Elles furent embarquées sur le dernier vol d'El-Al [la compagnie aérienne nationale d'Israël] à quitter Téhéran, coincées au milieu de montagnes de tapis et d'objets de valeur que les Juifs iraniens et les Israéliens fuyant le pays emportaient avec eux. "A l'aéroport de Tel-Aviv, le général nous attendait les larmes aux yeux", raconte MikeVan Grevenbroek. »

Chartes Levinson

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Published by Roland Bosdeveix - dans Philosophie
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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 15:45


Dieu est Amour

Comme est Amour le fleuve qui sépare la Chine de la Russie

Ou le contraire

Donc, Dieu sépare par son Amour, les gens.

Bonne-soeur.jpg 

 

Dans un précédent papier, je vous avais conseillé d’assister à une sortie de l’église (catho) Saint-Jean- Baptiste, du Val Fourré, un dimanche matin après les offices. Dépaysement assuré.

Il existe maintenant sur sa devanture, son étal, son fronton, une raison de plus pour y passer et photographier. Vive dieu et sa Bonté.

Au-dessus d’une merveilleuse ( ?) reproduction picturale, il est écrit :

 

GLOIRE A DIEU

QUI EST AU PLUS HAUT DES CIEUX

ET PAIX SUR TERRE
AUX HOMMES QU’IL AIME.

 

Avant, les cathos disaient : «Bienvenue aux hommes de bonne volonté », c’était sympa. Même qu’on pouvait être athée ou/et bouffeur de curé(s), du moment qu’on soit un homme de bonne volonté, le royaume des cieux nous était promis.

Mais cela a changé. Ce royaume n’est désormais promis qu’aux hommes qui croient en dieu. Pas ceux qui l’aiment, mais ceux qu’il aime ! Sacré distinguo ! Et comment se faire aimer d’un dieu ? En le critiquant ? En l’ignorant ? Vous connaissez : «  Plus tu me suis, plus je te fuis ; plus tu me fuis, plus je te suis ».

Et, après tout, Dieu peut voir cela avec son (unique) collègue Allah ! Merde, l’homosexualité est interdite chez lui ! Alors vive Onan, l’inventeur du self-service. Ainsi, dieu ne sera plus « emmerdé ». Ainsi soit-il et vive l’amour du vin ! Oh, pardon, l’amour divin. Mais, il paraît que c’est kif-kif ; terminer sur un terme arabe ! Merde alors ! Basta !!!!

J.-P. BERRAUD

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Published by Jean-Pierre BERRAUD - dans Philosophie
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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 14:28



Monsieur le Président, devenez camusien !

par Michel Onfray

(in Le Monde, 24.11.09)




Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps. Vous venez de manifester votre désir d'accueillir les cendres d'Albert Camus au Panthéon, ce temple de la République au fronton duquel, chacun le sait, se trouvent inscrites ces paroles : "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante". Comment vous donner tort puisque, de fait, Camus fut un grand homme dans sa vie et dans son oeuvre et qu'une reconnaissance venue de la patrie honorerait la mémoire de ce boursier de l'éducation nationale susceptible de devenir modèle dans un monde désormais sans modèles.


De fait, pendant sa trop courte vie, il a traversé l'histoire sans jamais commettre d'erreurs : il n'a jamais, bien sûr, commis celle d'une proximité intellectuelle avec Vichy. Mieux : désireux de s'engager pour combattre l'occupant, mais refusé deux fois pour raisons de santé, il s'est tout de même illustré dans la Résistance, ce qui ne fut pas le cas de tous ses compagnons philosophes. De même, il ne fut pas non plus de ceux qui critiquaient la liberté à l'Ouest pour l'estimer totale à l'Est : il ne se commit jamais avec les régimes soviétiques ou avec le maoïsme.


Camus fut l'opposant de toutes les terreurs, de toutes les peines de mort, de tous les assassinats politiques, de tous les totalitarismes, et ne fit pas exception pour justifier les guillotines, les meurtres, ou les camps qui auraient servi ses idées. Pour cela, il fut bien un grand homme quand tant d'autres se révélèrent si petits.


Mais, Monsieur le Président, comment justifierez-vous alors votre passion pour cet homme qui, le jour du discours de Suède, a tenu à le dédier à Louis Germain, l'instituteur qui lui permit de sortir de la pauvreté et de la misère de son milieu d'origine en devenant, par la culture, les livres, l'école, le savoir, celui que l'Académie suédoise honorait ce jour du prix Nobel ? Car, je vous le rappelle, vous avez dit le 20 décembre 2007, au palais du Latran : "Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé." Dès lors, c'est à La Princesse de Clèves que Camus doit d'être devenu Camus, et non à la Bible.


De même, comment justifierez-vous, Monsieur le Président, vous qui incarnez la nation, que vous puissiez ostensiblement afficher tous les signes de l'américanophilie la plus ostensible ? Une fois votre tee-shirt de jogger affirmait que vous aimiez la police de New York, une autre fois, torse nu dans la baie d'une station balnéaire présentée comme très prisée par les milliardaires américains, vous preniez vos premières vacances de président aux Etats-Unis sous les objectifs des journalistes, ou d'autres fois encore, notamment celles au cours desquelles vous avez fait savoir à George Bush combien vous aimiez son Amérique.


Savez-vous qu'Albert Camus, souvent présenté par des hémiplégiques seulement comme un antimarxiste, était aussi, et c'est ce qui donnait son sens à tout son engagement, un antiaméricain forcené, non pas qu'il n'ait pas aimé le peuple américain, mais il a souvent dit sa détestation du capitalisme dans sa forme libérale, du triomphe de l'argent roi, de la religion consumériste, du marché faisant la loi partout, de l'impérialisme libéral imposé à la planète qui caractérise presque toujours les gouvernements américains. Est-ce le Camus que vous aimez ? Ou celui qui, dans Actuelles, demande "une vraie démocratie populaire et ouvrière", la "destruction impitoyable des trusts", le "bonheur des plus humbles d'entre nous" (Œuvres complètes d'Albert Camus, Gallimard, "La Pléiade", tome II, p. 517) ?


Et puis, Monsieur le Président, comment expliquerez-vous que vous puissiez déclarer souriant devant les caméras de télévision en juillet 2008 que, "désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s'en aperçoit", et, en même temps, vouloir honorer un penseur qui n'a cessé de célébrer le pouvoir syndical, la force du génie colérique ouvrier, la puissance de la revendication populaire ? Car, dans L'Homme révolté, dans lequel on a privilégié la critique du totalitarisme et du marxisme-léninisme en oubliant la partie positive - une perversion sartrienne bien ancrée dans l'inconscient collectif français... -, il y avait aussi un éloge des pensées anarchistes françaises, italiennes, espagnoles, une célébration de la Commune, et, surtout, un vibrant plaidoyer pour le "syndicalisme révolutionnaire" présenté comme une "pensée solaire" (t. III, p. 317).


Est-ce cet Albert Camus qui appelle à "une nouvelle révolte" libertaire (t. III, p. 322) que vous souhaitez faire entrer au Panthéon ? Celui qui souhaite remettre en cause la "forme de la propriété" dans Actuelles II (t. III, p. 393) ? Car ce Camus libertaire de 1952 n'est pas une exception, c'est le même Camus qui, en 1959, huit mois avant sa mort, répondant à une revue anarchiste brésilienne, Reconstruir, affirmait : "Le pouvoir rend fou celui qui le détient" (t. IV, p. 660). Voulez-vous donc honorer l'anarchiste, le libertaire, l'ami des syndicalistes révolutionnaires, le penseur politique affirmant que le pouvoir transforme en Caligula quiconque le détient ?


De même, Monsieur le Président, vous qui, depuis deux ans, avez reçu, parfois en grande pompe, des chefs d'Etat qui s'illustrent dans le meurtre, la dictature de masse, l'emprisonnement des opposants, le soutien au terrorisme international, la destruction physique de peuples minoritaires, vous qui aviez, lors de vos discours de candidat, annoncé la fin de la politique sans foi ni loi, en citant Camus d'ailleurs, comment pourrez-vous concilier votre pragmatisme insoucieux de morale avec le souci camusien de ne jamais séparer politique et morale ? En l'occurrence une morale soucieuse de principes, de vertus, de grandeur, de générosité, de fraternité, de solidarité.


Camus parlait en effet dans L'Homme révolté de la nécessité de promouvoir un "individualisme altruiste" soucieux de liberté autant que de justice. J'écris bien : "autant que". Car, pour Camus, la liberté sans la justice, c'est la sauvagerie du plus fort, le triomphe du libéralisme, la loi des bandes, des tribus et des mafias ; la justice sans la liberté, c'est le règne des camps, des barbelés et des miradors. Disons-le autrement : la liberté sans la justice, c'est l'Amérique imposant à toute la planète le capitalisme libéral sans états d'âme ; la justice sans la liberté, c'était l'URSS faisant du camp la vérité du socialisme. Camus voulait une économie libre dans une société juste. Notre société, Monsieur le Président, celle dont vous êtes l'incarnation souveraine, n'est libre que pour les forts, elle est injuste pour les plus faibles qui incarnent aussi les plus dépourvus de liberté.


Les plus humbles, pour lesquels Camus voulait que la politique fût faite, ont nom aujourd'hui ouvriers et chômeurs, sans-papiers et précaires, immigrés et réfugiés, sans-logis et stagiaires sans contrats, femmes dominées et minorités invisibles. Pour eux, il n'est guère question de liberté ou de justice... Ces filles et fils, frères et soeurs, descendants aujourd'hui des syndicalistes espagnols, des ouvriers venus d'Afrique du Nord, des miséreux de Kabylie, des travailleurs émigrés maghrébins jadis honorés, défendus et soutenus par Camus, ne sont guère à la fête sous votre règne. Vous êtes-vous demandé ce qu'aurait pensé Albert Camus de cette politique si peu altruiste et tellement individualiste ?


Comment allez-vous faire, Monsieur le Président, pour ne pas dire dans votre discours de réception au Panthéon, vous qui êtes allé à Gandrange dire aux ouvriers que leur usine serait sauvée, avant qu'elle ne ferme, que Camus écrivait le 13 décembre 1955 dans un article intitulé "La condition ouvrière" qu'il fallait faire "participer directement le travailleur à la gestion et à la réparation du revenu national" (t. III, p. 1059) ? Il faut la paresse des journalistes reprenant les deux plus célèbres biographes de Camus pour faire du philosophe un social-démocrate...


Car, si Camus a pu participer au jeu démocratique parlementaire de façon ponctuelle (Mendès France en 1955 pour donner en Algérie sa chance à l'intelligence contre les partisans du sang de l'armée continentale ou du sang du terrorisme nationaliste), c'était par défaut : Albert Camus n'a jamais joué la réforme contre la révolution, mais la réforme en attendant la révolution à laquelle, ces choses sont rarement dites, évidemment, il a toujours cru - pourvu qu'elle soit morale.


Comment comprendre, sinon, qu'il écrive dans L'Express, le 4 juin 1955, que l'idée de révolution, à laquelle il ne renonce pas en soi, retrouvera son sens quand elle aura cessé de soutenir le cynisme et l'opportunisme des totalitarismes du moment et qu'elle "réformera son matériel idéologique et abâtardi par un demi-siècle de compromissions et (que), pour finir, elle mettra au centre de son élan la passion irréductible de la liberté" (t. III, p. 1020) - ce qui dans L'Homme révolté prend la forme d'une opposition entre socialisme césarien, celui de Sartre, et socialisme libertaire, le sien... Or, doit-on le souligner, la critique camusienne du socialisme césarien, Monsieur le Président, n'est pas la critique de tout le socialisme, loin s'en faut ! Ce socialisme libertaire a été passé sous silence par la droite, on la comprend, mais aussi par la gauche, déjà à cette époque toute à son aspiration à l'hégémonie d'un seul.


Dès lors, Monsieur le Président de la République, vous avez raison, Albert Camus mérite le Panthéon, même si le Panthéon est loin, très loin de Tipaza - la seule tombe qu'il aurait probablement échangée contre celle de Lourmarin... Mais si vous voulez que nous puissions croire à la sincérité de votre conversion à la grandeur de Camus, à l'efficacité de son exemplarité (n'est-ce pas la fonction républicaine du Panthéon ?), il vous faudra commencer par vous.


Donnez-nous en effet l'exemple en nous montrant que, comme le Camus qui mérite le Panthéon, vous préférez les instituteurs aux prêtres pour enseigner les valeurs ; que, comme Camus, vous ne croyez pas aux valeurs du marché faisant la loi ; que, comme Camus, vous ne méprisez ni les syndicalistes, ni le syndicalisme, ni les grèves, mais qu'au contraire vous comptez sur le syndicalisme pour incarner la vérité du politique ; que, comme Camus, vous n'entendez pas mener une politique d'ordre insoucieuse de justice et de liberté ; que, comme Camus, vous destinez l'action politique à l'amélioration des conditions de vie des plus petits, des humbles, des pauvres, des démunis, des oubliés, des sans-grade, des sans-voix ; que, comme Camus, vous inscrivez votre combat dans la logique du socialisme libertaire...


A défaut, excusez-moi, Monsieur le Président de la République, mais je ne croirai, avec cette annonce d'un Camus au Panthéon, qu'à un nouveau plan de communication de vos conseillers en image. Camus ne mérite pas ça. Montrez-nous donc que votre lecture du philosophe n'aura pas été opportuniste, autrement dit, qu'elle aura produit des effets dans votre vie, donc dans la nôtre. Si vous aimez autant Camus que ça, devenez camusien. Je vous certifie, Monsieur le Président, qu'en agissant de la sorte vous vous trouveriez à l'origine d'une authentique révolution qui nous dispenserait d'en souhaiter une autre.


Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à mes sentiments respectueux et néanmoins libertaires.

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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 15:56

Une publicité qui nous plaît bien !


L'Union des Athées Agnostiques et Rationalistes de Pise (Italie) envahit les panneaux publicitaires de la ville avec cette affiche de Galilée affirmant : "Je préfère raisonner plutôt que croire parce que je suis athée".

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 18:19
Chimpanzé : les origines de la religiosité
par Albert Assaraf
Albert Assaraf, docteur en histoire du judaïsme ancien, sociologue et informaticien, est l'auteur de L’hérétique : Elicha ben Abouya ou l’autre absolu, Editions Balland, 1991, ainsi que de plusieurs articles portant sur la dimension relationnelle du langage, des croyances et des idées religieuses.


Entre le chimpanzé et l’homme, que de proximité. Proximité biologique : selon une récente étude de grande ampleur parue dans la revue Nature1, environ 99 % de notre ADN coïncide avec celui du chimpanzé. Proximité mentale. Nous savons aujourd’hui, grâce aux travaux de Beatrice et Allen Gardner (Washoe), de Ann Jammes et David Premack (Sarah) ou de Jane Goodall, que le chimpanzé a une réelle capacité de représentation. Qu’il sait fabriquer et utiliser des outils, se soigner avec des plantes, catégoriser les objets selon leur forme, leur couleur ; mettre en relation un signifiant arbitraire (exemple un triangle bleu) avec un signifié (exemple l’idée d’une « pomme »)...
Les Premack présentent à la femelle chimpanzé Sarah « des queues, des pépins… ». Sarah pourra, sans grande difficulté, identifier les fruits correspondants2. Ce qui suppose une aptitude à recomposer le tout à partir de la partie (synecdoque).
Washoe, une femelle chimpanzé à qui les Gardner ont appris 132 signes issus du langage gestuel des sourds-muets (ameslan), produira d’elle-même le signe fleur pour désigner une source odorante (métonymie)3.
Goodall cite le cas d’une femelle chimpanzé qui appela un Alka-Seltzer « boisson écoute4 ». Encore une métonymie : écoute pour désigner le bruit produit par le comprimé effervescent.
Il n’est pas jusqu’à la métaphore que l’esprit du chimpanzé ne sache opérer. Comme nommer un concombre « banane verte5 ». Une métaphore corrigée complexe de la même veine que « roseau pensant » pour désigner l’homme (Pascal) ou « mamelle de cristal » pour désigner une carafe (André Breton)6.
« Banane verte » suppose non seulement que l’esprit du chimpanzé parvient à rapprocher la forme d’une banane de la forme d’un concombre, mais qu’il réussit, encore, à isoler une qualité du concombre (ici, la couleur verte).


Pour rappel, tous les symboles humains, aussi complexes soient-ils, découlent d’une combinatoire synecdoque/métonymie/métaphore.
Au reste, grâce aux travaux de Roger Fouts, nous savons qu’un chimpanzé sait faire des phrases complètes en langage gestuel avec sujet, verbe, complément, et les transmettre à sa progéniture ; dessiner, peindre. Fouts montre que Washoe sait même donner de jolis titres à ses tableaux comme « Rouge chaud électrique »7
Cela dit, de méta-langage, point (ou très peu) ; point de signes traitant d’autres signes (une règle de grammaire, un schéma …). Le chimpanzé semble dépourvu de cette prédisposition que nous avons d’accompagner chacune de nos réponses d’une nouvelle question d’un niveau d’abstraction supérieur. Et ce jusqu’à atteindre une cause première : Dieu pour le monde, l’atome (l’élément indivisible) pour la matière, le temps des origines pour le groupe, Adam ou Toumaï pour la lignée humaine…
Extrême proximité, donc, à la fois biologique, et, à quelques nuances près, mentale, entre nous et le chimpanzé. Mais quid d’une proximité religieuse ? Fascination pour le haut, recours à la médiation d’une entité supérieure, sacralisation, prière, prosternement, don, rétribution, renforcement d’une clôture mentale séparant le « nous » et le « eux »… ; ces ingrédients universels qui entrent dans la composition de toute religion, sont-ce une caractéristique exclusive de l’homme ou les trouve-t-on déjà en germe dans la vie sociale du chimpanzé ? Y a-t-il là encore continuité ou rupture entre nos deux espèces ? En bref, existe-t-il un chimpanzé religiosus préfigurant homo religiosus ?
Fascination du chimpanzé pour le « haut »
Plusieurs observations de primatologues sur le terrain font valoir combien la « verticalité » frappe l’imaginaire du chimpanzé. Frans de Waal : […] la fourrure de Yeroen [le mâle dominant] était en permanence légèrement hérissée, même lorsqu’il ne paradait pas. Cette habitude de faire paraître son corps plus grand et plus lourd qu’il ne l’est réellement est une caractéristique du mâle alpha, ainsi que nous l’avons constaté plus tard lorsque d’autres individus tinrent ce rôle. Le fait d’être en position de dominance donne au mâle un physique impressionnant […]8.
Même constat chez Goodall : pour manifester son pouvoir, l’Alpha se doit de « paraître plus grand […] qu’il ne l’est en fait9 ».
Lorsque Luit essaya de détrôner Yeroen pour la première fois, raconte de Waal, « les deux mâles s'approchèrent l'un de l'autre en paradant et en se faisant les plus grands possibles jusqu'à se retrouver face à face, solidement campés sur leurs deux jambes10 ». Comme si les deux chimpanzés s’efforçaient de formuler au moyen de leur taille respective : « Tu dis que tu es le plus grand ; eh bien, moi, je dis que je suis bien plus grand que toi ! »
Le jour même où Yeroen perdit le pouvoir, souligne de Waal, « la différence de taille entre lui et Luit semblait s’être subitement évanouie11 ».
Autre détail important. Les chimpanzés installent leur nid jusqu’à vingt mètres de haut au-dessus des arbres. Est-ce uniquement pour se dérober aux griffes des prédateurs que les chimpanzés construisent leur gîte si loin du sol ?
Comment ne pas rapprocher ces phénomènes de ceux que nous observons chez homo religiosus ? Aussitôt né Bouddha se serait exclamé en rugissant comme un lion : « Je suis le plus haut du monde12 ». Dieu est très souvent qualifié de ‘elyon, de Très-Haut, dans la Bible. Une ziqqurat permettait à la fois d’assouvir la fascination pour le haut du Babylonien que son besoin inné de côtoyer la cause première. « La ziqqurat, écrit Eliade, était à proprement parler une Montagne cosmique : les sept étages figuraient les sept cieux planétaires, en les gravissant, le prêtre parvenait au sommet de l’Univers13 ».
Un raffinement symbolique dont sont dépourvus nos gratte-ciel, qui ne retiennent de la hauteur que son aspect archaïque et brutal : marquer la puissance.
Chimpanzé et poids des « grognements »
Observons de plus près cette règle pragmatique qui régit notre vie en société. Lorsqu’un supérieur hiérarchique donne un ordre à un subalterne, l’ordre est généralement suivi d’effet14. L’inverse, en revanche, n’est pas vrai : si un subalterne donne un ordre à un supérieur, non seulement cet ordre n’a aucune valeur coercitive, mais l’émetteur subalterne risque, qui plus est, de graves ennuis (exclusion du groupe, mitard, camisole de force…).
Plus un émetteur sera en « haut » par rapport à un récepteur, plus sa parole aura de poids et d’effet. L’intensité d’une parole est donc intimement liée à l’écart de position séparant un locuteur A d’un auditeur B.


Du coup s’éclaire la manœuvre d’un roi Hammurabi qui dit avoir reçu son code directement de « Anu le Très-Haut, roi de tous les dieux, et [d’]Enlil, dieu du ciel et de la terre ». Par-delà la véracité des propos d’Hammurabi, sur un plan strictement pragmatique cet énoncé n’a qu’un but : produire une parole d’une intensité phénoménale en l’attribuant à des instances dotées d’une position phénoménale (le roi de tous les dieux, le créateur du ciel et de la terre).
Un chimpanzé, parce que dénué de l’idée de cause première, n’a tout simplement pas les moyens intellectuels d’instrumentaliser des instances aussi élevées, pour autant la règle pragmatique selon laquelle la force d’une parole dépend de la position de celui qui l’émet, lui est tout à fait familière.
Par une chaude journée, observe Frans de Waal, deux mères, Jimmie et Tepel, sont assises à l’ombre d’un chêne pendant que leurs deux enfants jouent dans le sable, à leurs pieds (mimiques de jeu, luttes, jets de sable). Entre les deux mères, Mama, la plus âgée des femelles, dort étendue. Soudain, les deux petits se mettent à crier, se frappent et se tirent les poils. Jimmie les réprimande en poussant un faible grognement menaçant tandis que Tepel, inquiète change de place. Les enfants continuent à se disputer et Tepel finit par réveiller Mama en lui donnant des coups répétés dans les côtes. Lorsque Mama se lève, Tepel lui désigne les deux petits qui se disputent. Mama, menaçante, fait un pas en avant et des mouvements de bras, elle aboie fortement, et aussitôt les enfants s'arrêtent. Mama se recouche alors et continue sa sieste15.
Jimmie, l’une des mères, pousse un « grognement menaçant » pour que les enfants cessent de se disputer, mais rien n’y fait. Mama, une femelle de haut rang, aboie, et aussitôt les enfants d’arrêter. Le « poids » des grognements de Mama est donc supérieur à ceux de Jimmie.
Il n’est pas exagéré de dire que Tepel sollicite, ici, la médiation de Mama pour l’exceptionnelle « qualité » de ses grognements, au même titre que homo religiosus sollicite la médiation d’un saint, d’un esprit ou d’un ange pour l’exceptionnelle qualité de leurs intercessions auprès des instances célestes. Différence, ici, de degré et non de nature.
Autre exemple. Les chimpanzés, remarque Frans de Waal, attachent peu d'importance aux cris d'alarme émis par les jeunes, en revanche « une alarme donnée par un mâle adulte ou une femelle de haut rang provoque une réaction instantanée16 ».
Qu’est-ce à dire sinon que – exactement comme pour une parole humaine – plus un grognement vient de « haut », plus il augmente ses « conditions de félicité », plus il a de force ? Une force qui, dans le cas du chimpanzé compte tenu de son incapacité à envisager les causes premières, n’excédera jamais, sur une échelle graduée de 1 à 10, la barre des 7 (ex. le grognement émis par un mâle alpha). Tandis que l’homme, grâce à ses exceptionnelles facultés cognitives, saura produire des paroles d’une magnitude maximale en instrumentalisant – le plus souvent de façon irresponsable – le signe le plus ligaro-actif qui soit parce qu’évoquant l’origine de toute chose, le signe de force 10 : Dieux17.
Le sacré et le chimpanzé
Un objet sacré suscite à la fois crainte et vénération ; attire en raison de ses vertus bénéfiques et dans le même temps requiert que l’on se tienne à distance du fait de son exceptionnelle position. Ces deux forces relationnelles contradictoires (position maximale + conjonction maximale) qui irradient de l’objet sacré finissent par produire des effets paradoxaux. Les cendres de la vache rousse biblique, par exemple, aux propriétés éminemment purificatrices rendent pourtant impur le prêtre qui préside à leur préparation (Nombres 19). En réalité ce qui souille ici le prêtre c’est sa promiscuité avec un objet aussi « haut ». En manipulant de trop près les cendres sacrées, le prêtre commet de facto un crime de lèse majesté. Un crime qui le rend impur, quand bien même les cendres, une fois isolées à l’intérieur d’une enveloppe protectrice, auront par la suite le pouvoir de purifier le peuple.


Le sacré, « on ne peut l’approcher qu’en prenant certaines précautions18 », faute de quoi l’on risque d’être puni. On ne peut non plus y fixer son regard sans encourir de graves sanctions. Lever les yeux sur Pharaon, est inimaginable pour un Egyptien. Moïse se voile aussitôt la face dès lors qu’il comprend que Dieu lui parle du milieu du buisson ardent (Exode 3, 6). Aucun homme ne peut voir Yahvé « et vivre » (Exode 33,20).
Or ces deux commandements qui se dégagent de l’objet sacré : 1) Tu ne me toucheras point directement, 2) Tu baisseras les yeux en ma présence, se dégagent aussi du mâle alpha ou d’une femelle de haut rang. Roger Fouts : « Chez les chimpanzés, le respect pour l'autorité se manifeste par l'évitement du regard autant que par l'évitement du contact19 ».
Preuve s’il en est de l’origine éminemment relationnelle du sacré, mais aussi de la continuité entre nos deux espèces. Le chimpanzé, comme l’homme, se prédisposent à classer les objets du monde selon une échelle de force verticale – excepté, certes, de faire monter le « curseur » jusqu’à 10 (Dieu).
Mais il y a davantage. Même l’idée de tabou n’est pas étrangère au chimpanzé. « Il a fallu attendre Jane Goodall, en 197020 », comme l’explique Boris Cyrulnik, pour réaliser que l’interdit de l’inceste est avant tout un commandement de la Nature avant d’être celui des Ecritures (Lévitique 18).
Chimpanzé et prière
Contrairement à ordonner, prier consiste à étaler de façon ostentatoire sa docilité, son infériorité, dans le but de susciter de la compassion. X, ici, fait don de sa position pour qu’en retour Y accorde (ou ne retire pas) son attachement. Or ce troc relationnel à l’origine de bien des comportements religieux, est monnaie courante parmi les chimpanzés.
Yeroen est un mâle alpha dont le règne touche à sa fin. Son trône est sérieusement menacé par son puissant rival, Luit. Le seul espoir de Yeroen reste le soutien des femelles. Pour ce faire, raconte de Waal :
Yeroen courait en glapissant vers les femelles, se jetait sur le sol à quelques mètres d'elles et leur tendait les deux mains. Ce n'était pas un geste de prière mais un geste de supplication, les adjurant de le soutenir21.
Yeroen se jette sur le sol, tend les deux mains, supplie, adjure… Quoi de plus religiosus ?
Même jeu d’ostentatoire abaissement de soi dans le but d’obtenir une récompense chez Melissa, une femelle chimpanzé dont Jane Goodall a observé le comportement.
Melissa, écrit Goodall, quand elle demandait quelque chose à un mâle, avançait sa main à plusieurs reprises, le caressait gentiment et, si cette méthode ne réussissait point, elle pouvait se mettre à pleurnicher, voire hurler comme un enfant en colère. De même que les autres femelles, elle pouvait prolonger longtemps ses supplications, si bien qu'elle finissait souvent par recevoir un bout de banane ou de carton, ou ce dont elle avait envie22.

Chimpanzé et salut de soumission
Autre pratique – consécutive à l’échafaudage imaginaire « moins de position
implique plus de récompense » – que nous partageons avec le chimpanzé : le salut de soumission.
S'il semble exister, écrit de Waal, un lien entre la taille physique et le rang social, cette impression est renforcée par l'existence d'un comportement spécifique qui est l'indicateur le plus fiable de l'ordre social, et ce à la fois en milieu naturel et à Arnhem : il s'agit du salut de soumission. Un « salut », à proprement parler, n'est qu'une série de grognements courts et haletants habituellement désignés sous les termes de pant-grunting ou de « ho-ho rapides ».
Pendant qu'il émet de tels sons, le subordonné prend une attitude qui lui fait lever les yeux vers l'individu qu'il salue. Dans la plupart des cas, il fait une série de profondes révérences qui sont répétées à un rythme très rapide et qui, de ce fait, deviennent une série de courbettes que l'on nomme bobbing. Parfois ceux qui viennent saluer apportent des objets (une feuille, un bâton), tendent la main à leur supérieur ou lui baisent les pieds, la poitrine ou le cou. Le chimpanzé dominant réagit à ce « salut » en se grandissant au maximum et en hérissant le poil. Cela donne un contraste marqué entre les deux individus, même s'ils sont de taille égale. L'un rampe pratiquement dans la poussière, l'autre reçoit le « salut » royalement23.
Ce jeu relationnel qui consiste pour le subordonné à s’abaisser au maximum dans le but d’accroître le contraste entre sa propre « hauteur » et la « hauteur » du dominant, on le retrouve quasiment à chaque page de la Bible. La prosternation face contre terre restera effective, au sein du judaïsme ancien, jusqu’à l’époque de la destruction du temple de Jérusalem par les Romains (70) : « Lorsque les Israélites venaient à Jérusalem pour les fêtes, raconte le Talmud, ils se tenaient en foules compactes [dans le Temple], et pourtant ils avaient assez d’espace pour se prosterner et pour demeurer à une distance de onze coudées derrière le Propitiatoire24 ». Cette pratique sera toutefois définitivement abolie par le judaïsme rabbinique et le christianisme naissant après la catastrophe de 70.
Goodall observe, par ailleurs, qu’au moment du salut de soumission le subordonné vient « coller sa bouche contre la cuisse de l'Alpha25 ». La Bible raconte qu’Abraham fit prêter sermon à son serviteur en lui disant : « Mets ta main sous ma cuisse » (Genèse 24,2-3). Réminiscence d’une pratique héritée d’un lointain ancêtre humanoïde commun à l’homme et au chimpanzé ?
Chimpanzé, don et potlatch
Nous avons vu que le salut de soumission s’accompagnait d’un don : « Parfois ceux qui viennent saluer apportent des objets (une feuille, un bâton), tendent la main à leur supérieur ou lui baisent les pieds, la poitrine ou le cou ».
Le chimpanzé se dessaisi ici volontairement d’un objet (probablement précieux) qu’il offre à son Alpha pour s’attirer ses faveurs ou pour éviter son courroux. N’est-ce pas là une sorte de « sacrifice propitiatoire », littéralement ce qui rend « propice » ? Ou encore un korban, en hébreu « ce qui rapproche » ?
Pour les Romains, le sacrifice avait aussi pour vertu d’offrir un « surcroît de force » à la divinité. Les dieux seraient comme « grandis » grâce à l’offrande sacrificielle : « Janus Père, en te présentant ce gâteau je t’adresse bonnes prières, pour que tu sois bienveillant et propice à moi et à mes enfants, à ma maison et à mes gens, accru que tu es (mactus) par cette pâtisserie26 ».
Que le salut de soumission soit suivi d’un don n’est donc pas un hasard, dans la mesure où ces deux actes ont identiquement pour propriété d’accroître le contraste (ou l’écart positionnel) entre le dominé et le dominant.
Don-sacrifice à ne pas confondre avec le don-potlatch : dans un cas un présent est offert en témoignage de soumission ; dans l’autre, le don a pour but de marquer richesse et puissance. Le don-potlatch ou la solidarité-potlatch servent moins à venir en aide qu’à éblouir, qu’à obtenir l’appui des subordonnés. Là encore, parfait continuum entre nos deux espèces. Or, après avoir obtenu le pouvoir, il [Yeroen] devint solidaire des plus faibles : auparavant, il défendait les plus faibles dans seulement 35% des cas alors que ce chiffre atteignait 69 % après son ascension sociale ; le contraste entre les deux chiffres reflète le changement spectaculaire de son attitude. Un an plus tard, ce chiffre avait encore augmenté, atteignant 87 %27.
Idem :
Leur pouvoir de contrôle repose sur le don. Ils [les Alpha] offrent protection à celui qui est menacé et, en retour, ils reçoivent soutien et respect28.
Chimpanzé et théorie de la rétribution
La théorie de la rétribution repose sur l’échafaudage imaginaire : « obéissance = récompense (ou conjonction), désobéissance = punition (ou disjonction) ». Echafaudage aux effets foudroyants, principal vecteur de la mentalité fanatique. Car si obéissance = récompense, alors forcément plus d’obéissance = plus de récompense, et moins d’obéissance = plus de punition.
Ce mini-programme que l’on retrouve à chaque page de la plupart des Ecritures, est aussi très prisé par les chimpanzés. Figan, écrit Goodall, au lendemain de sa conquête du pouvoir sautait de branche en branche, secouait la végétation, cassait d'épaisses branches et, pour faire bonne mesure, il rouait de coups un subalterne malchanceux. La confusion assourdissante était totale. A la fin d'une telle manifestation, le nouvel Alpha s'asseyait par terre, le pelage hérissé, et, avec l'allure superbe d'un grand chef de tribu, attendait de recevoir les marques de respect de ses subordonnés29.
Que fait Figan en rouant de « coups un subalterne malchanceux », sinon annoncer la couleur ? Sinon avertir à l’avance que toute désobéissance sera à l’avenir accompagnée de sévisses corporelles, d’amertumes et de malédictions… ?
Mike, un autre Alpha, accueille une femelle qui se présente humblement à lui par un « mouvement caressant » que Goodall interprète comme suit : « J'accepte ton respect ; je ne t'attaquerai pas pour l'instant30 ». Que fait ici Mike, sinon opérer un « renforcement positif31 » de l’obéissance ? Mike, en agissant de la sorte, conditionne l’esprit de sa subordonnée de façon à ce que soumission soit corrélé avec caresse (stimuli appétitif), et désobéissance avec douleur (stimuli aversif).
En clair, bénédiction si on obéit aux commandements de l’Alpha, malédiction si on lui désobéit.

« Eux » et « Nous »
Claude Lévi-Strauss comme Mircea Eliade, en dépit de leurs profondes divergences méthodologiques, s’accordent à dire que l’une des caractéristiques des sociétés traditionnelles réside dans le discrédit permanent du « dehors ». Un « dehors » le plus souvent composé de mauvais, de méchants, de singes de terre, d’œufs de pou…32. Ici, seul l’Intérieur mérite le titre de « Monde », tandis que l’Extérieur sera assimilé à « un espace étranger, chaotique, peuplé de larves » et de démons33.
Cette présentation sous un jour très négatif du hors groupe, on le sait aujourd’hui, relève moins du racisme que de la stratégie. En rendant le « eux » aussi effrayant et abject que possible, l’instinct naturel d’opposition des membres de la collectivité finit par se focaliser sur le monde extérieur34. Du coup, le « nous » se soude et se renforce conformément à la loi du lien : plus il y a rupture (disjonction) vis-à-vis de l’extérieur, plus forte est l’adhésion (conjonction) vis-à-vis du « dedans ».
Là encore, que de similitudes entre nos deux espèces. Rien ne manque au tableau : instrumentalisation de la haine du « dehors » en vue de souder le groupe ; recours machiavélique de l’Alpha à la guerre contre les « eux » aux fins de préserver un pouvoir chancelant ; batailles sanglantes ; cannibalisme.
« Souvent quand je me réveillais dans la nuit, écrit Goodall, d'affreuses images envahissaient mon esprit – […] le vieux Rudolf, d'habitude si gentil, se mettant debout pour jeter une pierre de deux kilos sur le corps allongé de Godi ; Jomeo arrachant un morceau de chair de la cuisse de Dé ; Figan chargeant et frappant sans relâche le corps tremblant de Goliath […] ; et, peut-être pire que tout le reste, Passion savourant la chair du petit de Gilka, la bouche maculée de sang comme un monstrueux vampire35 ».
Autre preuve patente de l’« humanité » des chimpanzés. Une femelle se retrouve par mégarde avec son enfant en territoire ennemi. Elle est aussitôt prise en chasse par une horde de mâles. Cernée de toute part, elle répond aux menaces par des grognements de soumission, et tente de caresser l’un des mâles en signe de fraternité. C’est alors que, phénomène inouï, le mâle, comme l’explique de Waal, « s'écarta instantanément, ramassa une poignée de feuilles et frotta vigoureusement sa fourrure là où elle l'avait touché. Ensuite, la femelle fut encerclée et attaquée ; son enfant fut saisi et tué36 ».
Ce geste qui consiste à se frotter vigoureusement avec une poignée de feuilles à l’endroit même où eut lieu le contact indésirable, était-ce un rite de purification ? Un moyen d’effacer une souillure ? Un acte pour dénier toute « chimpanzéité » à la femelle, rendant ainsi possible son meurtre avec la culpabilité en moins.
Il ressort des observations de Goodall en milieu naturel que les fréquentes batailles rangées auxquelles se livrent les différentes communautés de chimpanzés s’accompagnent le plus souvent de scènes de fraternisation entre l’Alpha et les plus redoutables de ses rivaux37. Est-ce pour cette raison que l’Alpha prolonge ses expéditions guerrières jusqu’à l’anéantissement totale du groupe d’en face ? Ces « génocides » inter-chimpanzés sont-ce une manœuvre délibérée d’un mâle dominant en perte de vitesse pour neutraliser ses concurrents ? Tout porte à le croire.
Conclusion
Au même titre que le pardon – dont on pense aujourd’hui qu’il a « probablement plus de trente millions d'années38 » – il ressort de notre étude que la plupart des comportements religieux plongent leurs racines dans un passé tout aussi lointain.
Fascination pour le haut, recours à la médiation d’instances « supérieures », sacralisation de l’Alpha (évitement du regard et du contact), interdit de l’inceste, recours à la prière pour obtenir l’objet convoité, proskynèse, don, partage, potlatch, théorie de la rétribution, instrumentalisation du ressentiment contre le hors groupe aux fins de cimenter le « nous »… Tout y est, plus qu’en gestation.
Tout se passe donc comme si homo religiosus était le fruit d’un mixage explosif entre deux besoins innés : le besoin d'attachement (commun à tous les mammifères) et le besoin de la cause première (une spécificité humaine).

Notes
1 « Initial sequence of the chimpanzee genome and comparison with the human genome », Nature, 437, 2005, pp. 69-87.
2 Ann Jammes Premack et David Premack, L'esprit de Sarah, Paris, Fayard, 1984, p. 204.
3 Beatrice T. Gardner and R. Allen Gardner, « Communication with a young chimpanzee: Washoe's vocabulary », in Modèles animaux du comportement humain, Colloques internationaux du C.N.R.S., Paris, Editions du C.N.R.S., 198, déc. 1970, pp. 241-260.
4 Jane Goodall, La vie chimpanzé, Paris, Stock, 1992, p. 43.
5 Idem., p. 43
6 Cf. Groupe µ, Rhétorique générale, Paris, Seuil, 1982, pp. 109-110.
7 Roger Fouts, L’école des chimpanzés, Paris, Jean-Claude Lattès, 1998, p. 273.
8 Frans de Waal, La politique du chimpanzé, Paris, Odile Jacob, collection « Opus », 1995, pp. 88-89.
9 Jane Goodall, La vie chimpanzé, op. cit., p. 73.
10 Frans de Waal, La politique du chimpanzé, op. cit., p. 123.
11 Ibid., p. 93.
12 Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses, Paris, Payot, 1984, tome II, § 147.
13 Mircea Eliade, Le sacré et le profane, Paris, Gallimard, 1957, p. 41.
14 Cf. à ce propos François Récanati, Les énoncés performatifs, Paris, Minuit, 1981, p. 191.
15 Frans de Waal, La politique du chimpanzé, op. cit., p. 50.
16 Ibid., p. 75.
17 Cf. Albert Assaraf « Le sacré, une force quantifiable ? », Médium, 7, 2006.
18 Mircea Eliade, Traité d'histoire des religions, Paris, Payot, 1964, § 6, pp. 26-29.
19 Roger Fouts, L’école des chimpanzés, op. cit., 1998, p. 172.
20 Boris Cyrulnik, Sous le signe du lien, Paris, Hachette, 1989, p. 238.
21 Frans de Waal, La politique du chimpanzé, op. cit., p. 111.
22 Jane Van Lawick-Goodall, Les chimpanzés et moi, Paris, Stock, 1971, p. 177.
23 Frans de Waal, La politique du chimpanzé, op. cit., p. 89.
24 Talmud de Babylone, Traité Yoma 21a. Cf. Aggadoth du Talmud de Babylone, Lagrasse, Verdier, coll. « Les Dix Paroles », 1982, p. 343.
25 Jane Goodall, La vie chimpanzé, op. cit., p. 89.
26 Caton, Agriculture, 134. Cité par Jean Bayet, La religion romaine, Paris, Payot, 1969, pp. 130-134.
27 Frans de Waal, La politique du chimpanzé, op. cit., pp. 133-134.
28 Ibid., p. 216.
29 Jane Goodall, La vie chimpanzé, op. cit., p. 88.
30 Ibid., p. 168.
31 Cf. Pierre Karli, L’homme agressif, Paris, Odile Jacob, 1987, pp. 125-133.
32 Claude Lévi-Straus, Race et histoire, Paris, Gonthier, 1961, pp. 20-21.
33 Mircea Eliade, Le sacré et le profane, op. cit., p. 32.
34 Cf. à ce propos, Lewis A. Coser, Les fonctions du conflit social, Paris, PUF, 1982, p. 65.
35 Cf. Jane Goodall, « Guerre », in La vie chimpanzé, Paris, Stock, pp. 166.
36 Frans de Waal, De la réconciliation chez les primates, Paris, Flammarion, 1992, p. 100.
37 Cf. Jane Goodall, « Guerre », in La vie chimpanzé, Paris, Stock, pp. 150-169.
38 Frans de Waal, De la réconciliation chez les primates, op. cit., p. 336.

Source : Revue Homidés.com
http://www.hominides.com/html/references/chimpanze-religiosus.html

 

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